panneau
Dates à noter

      

« Ecoutons le cri des peuples de la forêt ! »

C’est par cet appel que la rencontre au sommet des 106 évêques d’Amazonie a été lancée pour se tenir à Rome du 6 au 27 octobre prochain à la demande du pape. En préparation, une assemblée pré-synodale guyanaise se tiendra du 5 au 7 juillet avec une vingtaine d’évêques antillais et sud-américains en même temps que tous les villages amérindiens et bushinengués de Guyane.

L’évêque de Cayenne a invité ces peuples autochtones publiquement au lendemain de la manifestation de 2 000 brésiliens indigènes qui ont investi Brasilia pour se défendre contre les velléités de Terezina Cristina, ministre de l’agriculture, qui veut favoriser « l’augmentation des terres agricoles en Amazonie et le développement de l’agro-négoce sur les terres indigènes » et qui permet leurs invasions illégales.

Mercredi dernier, Claudio rassemblait son équipe parisienne du CCFD à Jussieu avec des représentants de la JAG, Jeunesse Autochtone Guyanaise, pour débattre après un film documentaire sur la place des peuples indigènes aujourd’hui. Car, chez nous aussi en France, ils sont menacés ; le projet de la Montagne d’Or à ciel ouvert sur 800 ha pour extraire 85 t d’or en 12 ans et finir dans des caves de banques en est l’emblème ; même s’il a été formellement abandonné par le gouvernement, la réforme du code minier envisagée dans la foulée ne laisse pas d’inquiéter, car la compagnie Montagne d’Or, dotée d’investisseurs russes et canadiens, n’a toujours pas fait ses valises…

En écoutant Alan Joseph témoigner, je mesurais les terribles conditions de vie que notre pays des droits de l’homme leur inflige, jugez plutôt : 30 ans de retard d’infrastructure, à part la côte, le pays d’intérieur n’a pas de réseau routier valable ni hôpitaux ou écoles ;une pollution au mercure des fleuves à cause de l’orpaillage illégal (le mercure s’achète facilement au Surinam voisin) qui rend les baignades dangereuses (Alan s’est retrouvé avec la peau irritée immédiatement), qui oblige à couper l’eau potable dès 11h jusqu’au lendemain, à interdire la consommation de poisson et qui donne naissance à des enfants mal formés et handicapés à vie. Ajoutez à cela une jeunesse qui ne croit plus en son avenir, souvent isolée loin de leur famille pour être scolarisée, une proie facile des filières de prostitution, d’alcool et de drogue ; résultat, des suicides anormalement fréquents. Pas un seul instituteur ou professeur indigène formé et embauché par le Ministère de l’Education nationale... Et tous de réclamer que la convention 169 de l’OIT1 soit enfin signé par la France pour reconnaître les droits des 6 peuples autochtones sur leurs terres, déclarées historiquement « Terra Nullius » ou terres vides par les colons, niant l’existence de tribus établies.

Quelques jours auparavant, Silan et Pauline, en service civique CCFD, nous remettaient à Versailles leur guide d’animation régional BTP2 travaillé en 60 pages sur la connaissance des enjeux des peuples autochtones de la planète, car ils sont très nombreux aussi en Asie, Australie et Afrique. Une « mine d’or », tout à fait fréquentable, qui permettra aux bénévoles volontaires de se mobiliser avec d’autres jeunes français, pour se mettre aux côtés de ces peuples méprisés, afin qu’ils soient demain notre fierté et qu’ils deviennent vraiment les peuples … premiers, car ils nous précèdent dans le respect de l’environnement et nous avons tant à apprendre d’eux. Il y va de notre honneur de chrétien.

Philippe TELLIER,
Président CCFD Terre Solidaire Yvelines

1 OIT : Organisation Internationale du Travail.

2 Bouge Ta Planète : Evénement phare historiquement organisé par le CCFD-Terre solidaire auprès des jeunes.