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« Défendre les peuples amazoniens, c’est défendre la Création »

Le synode sur l’Amazonie a eu le mérite d’attirer l’attention du monde sur les racines du mal développement mondial qui se concentrent particulièrement sur cette région. Elles entraînent un enchaînement infernal de conséquences destructrices à caractère à la fois écologique sur ce biome qui abrite le tiers de la biodiversité mondiale, ainsi que social sur ses 390 peuples autochtones, riches de leur langue, leur culture, leurs savoir-faire. Là-bas, se démontre chaque jour que la crise écologique entraîne une crise sociale majeure qui pourrait conduire, en plus de la forêt, à une disparition de ces peuples pauvres et méprisés, victimes de la violation de leurs droits ; ils sont en première ligne du processus de destruction et de marchandisation de la Création, alors qu’ils ont su, durant des millénaires, vivre en symbiose avec elle.

Le document préparatoire du synode, Instrumentum laboris, décrit la forêt amazonienne comme un cœur biologique mais à la beauté blessée, déformée, « un lieu de douleur et de violence ». L’Amazone, abreuvé par 1 100 affluents est le plus long fleuve du monde (6 992 km), le plus important en débit, avec le plus grand delta au monde et un bassin aussi vaste que l’Australie. Mais la plus grande forêt tropicale mondiale qui abrite 30 millions de personnes perd l’équivalent d’un à trois terrains de foot par minute … à cause, par exemple, de la mafia des Ipés* déployant des bûcherons clandestins crapuleux lourdement armés, agissant la nuit derrière un bulldozer. La forêt émet maintenant plus de CO2 qu’elle n’en absorbe, à cause de la hausse des températures, la baisse des précipitations et la savanisation dans des plaines arides en extension, ce qui contribue à augmenter la température mondiale. La déforestation et l’agriculture industrielle ont fait surgir une bande de 9 000 km d’algues qui menace la vie marine de l’Atlantique.

L’accaparement des terres indigènes a amené 80% de la population à quitter les zones rurales pour la ville, conduisant à une urbanisation de la pauvreté, à une plus grande exclusion et à des problèmes sociaux (drogue, alcool, trafic humain). Instrumentum laboris rappelle que « dans certaines régions d’Amazonie, 90% des autochtones assassinés dans les populations isolées sont des femmes », car jugées opposées au développement, criminelles ou terroristes. Il appelle à la protection des peuples autochtones en situation d’isolement volontaire devenus plus vulnérables que jamais. Comment amener les inspirations du synode jusqu’ici en France ? Peut-être en agissant contre la surconsommation et la marchandisation de la nature, car on importe de la forêt amazonienne dans nos assiettes par la viande nourrie au soja brésilien. Connaître la provenance des aliments du bétail devient désormais légitime. A nous de la demander.

Face à l’attitude vorace et prédatrice de l’homme, ce synode est une formidable invitation à une conversion intégrale vers une vie simple et sobre ; ne pas l’observer pourrait devenir un « péché écologique », défini par ce synode comme une action ou omission contre Dieu, son prochain, la communauté et l’environnement, contre les générations futures. C’est pourquoi, le synode appelle de ses vœux à ce que l’église se fasse servante, samaritaine et prophétique ; Mgr Lafont, évêque de Guyane, lui demande de « se retrousser les manches ». Car ce synode participatif, avec 170 peuples consultés en amont, ne doit pas s’arrêter là. Nos 7 organisations partenaires parties à Rome avec 6 délégués du CCFD le considèrent comme une première étape avant la COP 25 en décembre, et jusqu’au Forum Social Pan-amazonien en mars 2020. Pour nous, bénévoles du CCFD, ce synode est le 1er des 3 temps forts de notre mobilisation pour les peuples amazoniens, c’est-à-dire … pour la Création.

Philippe TELLIER,
Président CCFD Terre Solidaire Yvelines

Ipé* : arbre symbolique du Brésil, aux fleurs couleurs d’or, fuchsia ou blanches, au tronc évalué jusque 1 400 €.

Aujourd’hui, l’Amazonie et ses populations traditionnelles sont particulièrement menacées. Sa destruction a aussi un impact sur l’équilibre du monde entier. Avec plusieurs partenaires d’Amérique latine, nous nous sommes investis dans les travaux préparatoires du synode Amazonie.
Ensemble, avec les habitants de l’Amazonie, nous pouvons contribuer à sauvegarder l’Amazonie et nous transformer nous-mêmes.

Le CCFD 75 et 78 ont préparé des petits livrets pour expliquer pourquoi un synode pour l'Amazonie est si important de nos jours.