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Edito Bulletin CCFD-Terre Solidaire 78 - Septembre 2020

« Les pompiers de la faim contre les feux 2020 et leur pyromane »

Qui n’a pas remarqué l’exceptionnelle sécheresse estivale, provoquant des vagues de chaleur extrême (top 5 des plus sévères canicules en France, pics à plus de 40°C), entraînant des pertes de récoltes (25% du blé français), menaçant nos forêts et brûlant des zones épargnées jusqu’ici (Fontainebleau, Tchernobyl) ? Qui n’a pas déploré les déforestations incendiaires à répétition en Amazonie (10 000 départs de feux en août, 17% de plus qu’en 2019), les mégas feux aux Etats-Unis (2 millions ha), en Sibérie (7.4 millions ha de taïga, moins que les 19 millions d’ha de 2019) se rajoutant à ceux de l’Australie ? Qui n’a pas sursauté aux 38°C relevés le 20 juin à Verkhoïansk, détenant le record de froid dans l’hémisphère Nord et aux 54,4°C de la vallée de la Mort en Californie en août, record absolu jamais enregistré sur terre ?

Comment ne pas rapprocher ces évènements avec ce « brasier viral » mondial du Corona provoquant chez ses victimes une fièvre redoutable, « incendiant » leur corps et leurs poumons ?

Les conséquences humaines de ces feux sont considérables : disparition de la biodiversité, pollution de l’air par les particules fines et surtout accroissement du réchauffement climatique avec la montée des eaux qui obligera 280 millions de personnes à se déplacer à partir de 40 cm en scénario modéré, sans compter la fonte des calottes. Mais le GIEC prévoit d’ici 2100 une élévation d’1 m, avec une hauteur de 30 à 40% plus importante sous les Tropiques. En scénario du pire, avec la fonte de l’antarctique et la disparition de la calotte glaciaire du Groënland (confirmée en août, même si le réchauffement climatique s’arrêtait, par atteinte d’un point de non-retour), l’élévation moyenne serait de 2,5 m, submergeant des états insulaires (atolls coralliens, Iles Fidji, Timor oriental), étendant les zones inondables (Inde, Bengladesh), érodant le littoral, provoquant la subsidence (effondrement) du sol et salinisant les nappes phréatiques. En avril 2019 a été décidé que la capitale indonésienne Djakarta, à 40% sous le niveau de la mer, déménagera de l’île de Java à celle de Bornéo avec ses 30 millions d’habitants. Puis ce sont les dérèglements climatiques majeurs qui entravent le développement des pays du sud où les budgets consacrés à la santé et à l’éducation sont réorientés vers les urgences : le cyclone Kenneth 2019 en Afrique du sud a mis 41 millions d’habitants en insécurité alimentaire, une hausse annuelle de 30% ; l’ouragan Irma 2017 a fait déplacer 1,7 millions de caribéens.

En 2020, la double peine venue par le « feu coronaviral », prépare une « crise alimentaire majeure », accélère une malnutrition repartie à la hausse depuis 4 ans avec 2 milliards de personnes, soit ¼ de l’humanité en insécurité alimentaire : en 2019, déjà 821 millions de personnes étaient sous-alimentées (avec les conséquences des carences sur la vie adulte des enfants) et le nombre d’habitants au bord de la famine passerait de 135 à 265 millions. Les chefs indigènes brésiliens évoquent « un ethnocide de tout le bassin amazonien » par les mesures d’isolement prises à leur encontre, leur rendant impossible tout ravitaillement alors que des trafiquants et accapareurs de terre porteurs du virus les envahissent illégalement. Le virus a infecté 28 815 autochtones et hospitalisé le chef Kayapo Raoni, médiatique, 90 ans, soupçonné par Bolsonaro d’être à la solde de puissances étrangères.

Ainsi, les premières victimes sont toujours les plus vulnérables de la planète alors qu’ils sont les moins responsables du réchauffement climatique : 10% des plus riches détruiraient 43% de l’environnement alors que 10% des plus pauvres en détruisent 5% (Revue Nature, juin 2020). Les conséquences de ce drame ont pour dénominateur commun, la faim. Or, le CCFD-Terre solidaire porte dans ses gènes, à l’aube de ses 60 ans, chez tous ses militants, ce formidable slogan de tous unis « Contre la Faim », tels des pompiers galvanisés par la lutte contre les incendies. Nous voici revenus au rôle premier de notre ONG, avec cette dimension supplémentaire d’agir structurellement et durablement sur les causes du fléau, en dénonçant le pyromane de la planète, « la civilisation fossile et inégalitaire ». C’est pourquoi l’évènement CCFD francilien « Ecofestival solidaire » décliné en 3 phases (Fête de la Création, Fresque du climat et Festival des Alternatives) sur 2020/2021 invite tous les hommes et femmes de bonne volonté à réaliser un cheminement inédit sur les pas de Laudato Si’ pour découvrir des pistes insoupçonnées de mobilisation contre la Faim, comme par exemple le droit à l’alimentation qui pourrait déboucher sur une sécurité sociale alimentaire mondiale.

Philippe TELLIER,
Président diocésain