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« Haïti pourrait mourir de notre indifférence, tel Toussaint Louverture au fort de Joux »

En discutant autour de moi, je suis frappé de constater le peu de gens au courant de la situation dramatique d’Haïti, pays pourtant francophone qui devrait attirer notre sympathie, et qui connaît depuis septembre, à l’occasion d’une pénurie d’essence, une paralysie et une crise sans précédent (42 morts et 200 blessés, 19 000 enfants malnutris en situation d’urgence) avec fermeture d’écoles, d’universités, d’administrations, de nombre d’entreprises, des routes barricadées, un réseau médical et pénitentiaire sans ravitaillement. Les causes profondes ? Le marasme économique (20% d’inflation), la crise politique avec 4 premiers ministres successifs, la corruption avec détournements de fonds, un budget du parlement supérieur à celui de la santé. La protestation s’est radicalisée et demande le départ du président Jovenel Moïse, ancien homme d’affaires, corrompu et mis en cause pour son train de vie et le non-respect de ses promesses à l’élection 2017, gagnée avec seulement 21% de votants.

Qui connaît l’histoire douloureuse de la naissance de cette 1ère république noire au monde devenue indépendante le 1/01/1804, après un soulèvement en 1802 par Toussaint Louverture, battu puis emprisonné dans le Jura ? Qui se souvient de la menace d’un blocus maritime par Charles X en 1825 qui força le pays à dédommager les anciens propriétaires d’esclaves pendant 122 ans en créant la fameuse « dette de l’indépendance » de 150 millions* de francs or (10 années de recettes fiscales du pays) dont les intérêts ont été perçus jusqu’en 1947 ?

Qui se rappelle François Duvalier, Papa Doc, dictateur, de 1957 à 1971 avec sa milice paramilitaire, les tontons macoutes (2 000 exécutions en 1967) ? Puis de Jean-Claude Duvalier, son fils, qui lui succède dans la corruption jusqu’en 1986 ? De la junte militaire qui dirigea le pays jusqu’en 1990 ? D’un bref retour à la démocratie avec le père Aristide élu en 1991, renversé par une junte, rétabli en 1994, réélu en 2000 et « démissionné » en 2004, car accusé d’enrichissement et de crimes politiques ?

Haïti est l’un des pays les plus pauvres du monde avec 60% de la population vivant avec moins de 2 dollars/jour, une jeunesse qui émigre en masse et 2,6 millions de personnes en besoin alimentaire ; ce mois de janvier 2020 célèbre douloureusement le 10° anniversaire des 2 séismes 2010 de magnitudes 7,3 et 6,1 qui firent périr 300 000 habitants. Régulièrement, la « perle des Antilles » semble attirer sur elle tous les fléaux du ciel, jugez plutôt : 2008, 3 ouragans et 1 tempête avec ravage des cultures ; novembre 2010, après les séismes, 1 ouragan ; 2012, sécheresse et 2 ouragans avec choléra ; 2013, 1 sécheresse extrême avec choléra ; 2015, 1 sécheresse ; 2016, inondations puis 1 ouragan ; 2017, 1 ouragan.

Au Carême 2020, nous accueillerons le partenaire haïtien Tel Kolé, mouvement indépendant des petits paysans, qui lutte pour l’accès à la terre, l’agroécologie, la défense de l’identité paysanne haïtienne et surtout pour rétablir la souveraineté alimentaire du pays face à la libéralisation des marchés agricoles et leur inondation de prouits nord-américains. Nous, bénévoles du CCFD, en guise de bonne année, portons fièrement vers eux nos vœux d’une « Eglise samaritaine », demandée par le Pape François au synode amazonien, pour ébranler l’inaction et l’indifférence internationale qui pourraient laisser périr ce peuple, comme on a laissé périr de malnutrition Toussaint Louverture, dans sa geôle du fort de Joux en 1803…

Philippe TELLIER,
Président CCFD Terre Solidaire Yvelines

* : dette ramenée à 90 millions en 1838.

Aujourd’hui, l’Amazonie et ses populations traditionnelles sont particulièrement menacées. Sa destruction a aussi un impact sur l’équilibre du monde entier. Avec plusieurs partenaires d’Amérique latine, nous nous sommes investis dans les travaux préparatoires du synode Amazonie.
Ensemble, avec les habitants de l’Amazonie, nous pouvons contribuer à sauvegarder l’Amazonie et nous transformer nous-mêmes.

Le CCFD 75 et 78 ont préparé des petits livrets pour expliquer pourquoi un synode pour l'Amazonie est si important de nos jours.