panneau
Dates à noter

      

Edito Bulletin CCFD-Terre Solidaire 78 - Mai 2021

« La conversion écologique, les chrétiens à l’assaut de la montagne »

Du 1er au 12 novembre 2021 se tiendra la COP 26 à Glasgow avec 200 dirigeants. Elle mettra en œuvre les règles d’application inabouties des mécanismes de marché de l’article 6 de l’accord de Paris. Car il nous reste seulement 10 ans pour réduire de 45% les émissions de CO2 afin de respecter le seuil du réchauffement à +1,5°C préconisé par le GIEC ; si nous échouons, l’Afrique, continent le moins pollueur, verra des régions entières inhabitables, là où 25 pays sont déjà confrontés à de sérieuses difficultés d’approvisionnement en eau potable d’ici 2025. Pour mobiliser l’opinion publique sur cet enjeu, le CCFD-Terre solidaire lance en automne prochain la campagne « Justice climatique » qui pointera les fausses bonnes solutions, notamment de compensation et de marché carbone qui pourraient être au centre des politiques publiques et la cause de graves atteintes aux droits humains et à la terre, sous prétexte de séquestration carbone. Cette campagne est en cohérence avec l’Eco-Festival Solidaire d’Ile De France, événement œcuménique lancé depuis septembre, axé sur les alternatives de modes de vie ici et là-bas qui allient justice sociale et lutte contre le changement climatique. En fait, ces actions visibles traduisent un mouvement très profond de « conversion écologique » en train de soulever une grande partie des consciences chrétiennes, et cela est très réconfortant, jugez plutôt.

Le 9 avril, Marie-Hélène Lafage, vice-présidente des Altercathos, constate que le sujet de l’écologie s’est imposé dans l’Eglise avec les canicules, les mégas feux de forêts, les marches pour le Climat et le score électoral aux municipales. La conversion écologique s’impose face à l’écologie intégrale, car elle entraîne le passage à l’action ; chacun innove par des voies différentes sur le terrain : paroisses (Label Eglise Verte, groupes Laudato Si’), mouvements (Chrétiens Unis pour la Terre et son chemin sans viande ni poisson), communautés religieuses (village éco-solidaire des visitandines de Saint-Martin-Boulogne, éco-lieux dans des endroits délaissés, AMAP de quartier, végétalisation d’espace public), dirigeants chrétiens (le congrès du MCC sur Partager la Transition), blogs (Eglise & Ecologie de Dominique Lang), revues (Limite, trimestriel catholique sur l’écologie intégrale de 3 000 lecteurs) et jusqu’à l’Assemblée Plénière des évêques de France avec son projet de Fresque pour l’écologie intégrale. Le 29 mars, par un courrier adressé aux dirigeants brésiliens, 93 institutions financières catholiques de 18 pays, sauf la France, constatent les dommages environnementaux dévastateurs en contradiction évidente avec l’appel du Pape François à la préservation de la Création ; elles demandent le lancement d’un plan d’action détaillé de protection de l’Amazonie et des peuples autochtones ; sans réponse du Brésil comptant plus de 50% de catholiques, les investisseurs supprimeront leurs engagements en cours et à venir dans les entreprises et obligations d’état, à l’exemple de banques ayant stoppé leur financement agricole.

En plus, une démarche de conversion intérieure dans le rapport au vivant est recherchée en lui donnant parallèlement une dimension sociale, indispensable à un changement collectif sociétal. L’homme n’est pas au-dessus de la Création mais lui appartient, une conversion spirituelle nécessaire à la lumière de théologiens revisitant la Bible : le jésuite François Euvé (Théologie de l’écologie, une Création à partager), le diacre Loïc Laîné (Ethique de la sobriété), le pasteur Martin Kopp (théologie de la décroissance), les éco-théologiens orthodoxes Michel-Maxime Egger et Annick de Souzenelle, laquelle espère le passage de l’homme animal à l’homme spirituel et affirme : « s’il n’y a pas en même temps que cette lame de fonds un travail spirituel, cela ne suffira pas ».

Car notre comportement ici peut être destructeur là-bas ; les glissements de terrain et inondations du 5 avril en Indonésie et Timor oriental ayant mis des milliers de personnes sans abri auraient pu être évités d’après Eglantine Goux-Cottin, présidente d’Ingénieure Conseils en Environnement et Foresterie : « L’Union Européenne fait de la déforestation importée en achetant beaucoup trop d’huile de palme » causant 27% de perte forestière massive. Comment ne pas être solidaire des 125 millions d’indonésiens vivant dans ces zones à risques par le choix d’un plat différent dans notre assiette ? Et solidaire des évêques philippins qui s’opposent à la levée du moratoire par le président Duterte sur l’exploitation des mines en zones protégées ? Gandhi ne disait-il pas « Il nous faut vivre simplement, simplement pour que les autres puissent vivre » ? Chrétiens, bénévoles du CCFD-Terre solidaire, soyons les premiers de cordée de cette fraternité sans frontières à l’assaut de la montagne d’un nouvel avenir et rejoignons la campagne « Justice climatique ».

Philippe TELLIER,
Président diocésain