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Edito Bulletin CCFD-Terre Solidaire 78 - Juillet 2021

« Le Rapport d’Orientation, un appel au combat pour des valeurs universelles »

Quel bénévole parmi nous, à la lecture du fameux Rapport d’Orientation arrivé dernièrement, n’a pas été à un moment ou un autre, interpellé par telle position « dérangeante », voir « éloignée » d’une posture classique de militant ? Fruit d’une démarche démocratique originale basée sur la méthode de la controverse activée 200 fois dans le réseau, puis mobilisant 50 groupes de discernement et 10 orientations votées en AG, il se singularise par sa fécondité, son audace et la générosité de son programme. Surprenant à bien des égards, il nous amène à revisiter notre engagement et notre regard sur le monde. Exigeant dans ce travail de conversion pour être à la hauteur des enjeux considérables qui se profilent, il doit nous permettre de gagner les futures batailles.

Ainsi, est évoquée page 45, la « lutte contre toutes les formes de rapport de domination : domination de l’être humain sur la nature, domination de l’homme sur la femme, racisme, fanatisme religieux ». Le patriarcat est dénoncé comme entrave au développement des plus démunis. Sait-on que les femmes effectuent 2/3 des heures travaillées et ne reçoivent que 5% du revenu total mondial ? Qu’elles représentent 43% de la main d’œuvre agricole ? N’oublions jamais qu’avec elles s’engage l’avenir des enfants qu’elles éduquent et soignent, ainsi que leur perception du monde. Le RO nous invite à se défaire de la construction d’un système politique et social discriminant qui n’a rien à voir avec le déterminisme biologique des sexes et qui sévit aussi chez nous. Or, dans les pays du sud, au péril de leur vie, des femmes précèdent notre combat pour l’égalité des genres. Les exemples de partenaires du CCFD fourmillent : en Palestine, une association travaille l’émancipation de femmes journalistes ; en Inde, pays très féminicide, 7 fédérations s’activent contre le harcèlement ; au Chiapas, malgré des menaces, Claudia Biniza Perez, médiatrice foncière, tente de préserver la montagne Maria Eugenia, zone naturelle protégée, face aux promoteurs immobiliers et à l’usine Coca-Cola pompant 1 million de litres d’eau par jour. Au Soudan, Alaa Salah, est devenue à 22 ans l’icône de la révolution après sa harangue sur le toit d’une voiture qui a déclenché en 2 jours le renversement de 30 ans de dictature d’Omar El Béchir.

Que dire des militantes considérées terroristes par l’Arabie Saoudite, des journalistes afghanes tuées par Daech ? Comme Sœur Rose qui s’est interposée à genou, en février dernier, entre l’armée birmane de la junte putschiste et les jeunes manifestants, en criant « Tuez-moi, mais pas les gens ! », nous, qui sommes à l’abri des balles, devons activer tous nos moyens, même s’ils paraissent dérisoires, pour protéger et accompagner de telles figures.

Ainsi, en Afrique, la femme ne sera plus seule aux avant-postes du combat climatique, réduite à constater les pénuries d’eau et la chute des rendements agricoles tandis que les hommes fuient le pays pour un emploi. Avec notre aide, elle trouvera des réponses aussi grandioses que le reboisement de la grande muraille verte du Sahel. En janvier 2020, l’ougandaise Vanessa Nakate , fondatrice du mouvement pour le Climat, interpelle le forum économique mondial sur l’arrêt des investissements dans les combustibles fossiles et organise une marche pour le climat en clôture de l’événement. Comment expliquer qu’à la conférence donnée avec Greta Thunberg, l’article de l’agence Associated Press ait pu l’enlever de la photo du groupe ? Une tentative de plus pour « invisibiliser » cette personne de couleur ? Après protestation, l’agence américaine a fait le retirage de la photo, en s’abstenant de toute excuse… Patriarcat et racisme ne sont jamais loin. L’intuition du CCFD paraît d’autant plus pertinente, tant ces gestes iniques perdurent encore.

Présentée par Greenpeace comme l’une des 3 activistes noires en faveur de l’environnement, avec la kényane Elizabeth Wathuti qui a fondé Green Generation pour planter 30 000 arbres, avec la nigériane Adenike Oladosu, écoféministe qui a prononcé un discours « émouvant » à la COP 25 en Espagne, Vanessa essaye de sauver l’Afrique qui comprend 7 des 10 pays les plus vulnérables au changement climatique.

A la suite du RO, nous dénoncerons chaque fois que possible les principes d’un patriarcat dévastateur pour s’engager vers un nouvel art du Vivre-ensemble, garant de paix et de développement de ces régions. A l’occasion de la campagne Justice climatique de l’automne et des 3 COP réunies cette année sur le climat, la biodiversité et la désertification, nous, bénévoles, porterons haut les valeurs universelles du RO pour relayer l’action de telles héroïnes…

Philippe TELLIER,
Président diocésain